Luduennic
(c'est-à-dire Cendrillon), épouse
un loup sous la contrainte de sa famille.
Les époux ne s’entendent
pas mais un jour le loup disparaît
après être devenu un beau
prince. Luduennic part à sa recherche.
Pour le retrouver elle subit une série
d’épreuves qui la transforment
en une femme libre et accomplie.
Nous avons travaillé l’histoire
en partant du principe qu’elle est
constituée d’une succession
de symboles dont l’ensemble est
cohérent. Cette cohérence
apparaît dans la transformation
progressive de la jeune fille en une femme
adulte responsable de ses choix. Au cœur
de cette transformation, comme dans beaucoup
de contes traditionnels, il y a un secret.
Ce secret est en relation avec le sens
que chacun veut donner à son existence.
La mise en scène met les jeunes
spectateurs sur un certain nombre de pistes
mais ne révèle pas ce secret
qui est différent pour chacun.
Le thème principal de ce spectacle
nous l’avons appelé «
L’art de grandir ».
Le thème secondaire a à
voir avec l’oralité et la
transmission de l’expérience
vécue d’une génération
à l’autre. Nous pensons que
c’est la fonction même du
conte que de transmettre l’expérience
des aïeux aux plus jeunes, aux néophytes
que sont les enfants. Pour cela le spectacle
commence par Luduennic âgée
se souvenant de son enfance, devenant
conteuse... de cette parole émerge
peu à peu l’action théâtrale.
Pour cette raison nous avons utilisé
également la structure du Fiancé
Sauvage dans le cadre d’ateliers
intergénérationnels baptisés
« Les Passeurs de Mémoire
».
La mise en scène
La scénographie est très
légère (une chaise, quelques
crochets en suspension, une tout petite
boîte en bois, un tissu de couleur).
Ce sont les acteurs qui, par les passages
à vue d’un rôle à
l’autre et le développement
de l’action redessinent sans cesse
l’espace de jeu.
Tous les personnages sont joués
par les trois acteurs. Stéphanie
Haye est à la fois la conteuse
et Luduennic sous tous ses aspects (de
Vieille, d’héroïne adolescente,
de Sœur et de Rivale) qu’elle
joue à visage découvert
; Sébastien Rosès joue le
Loup (masqué), le Prince, ainsi
que les adjuvants animaux de Luduennic
(le Renard et l’Aigle), le flûtiste
; Patrick Thoraval joue le Roi/Père
et la Baba Yaga, tous deux masqués,
et le Serviteur de scène.
Tous les personnages masqués représentent
un aspect moral du monde social ou sauvage
:
-Le Loup : l’instinct sauvage et
créatif.
-Le Roi/Père : l’autorité
et les règles de la société.
-La Baba Yaga : la connaissance qui unit
le sauvage au social.
Les masques renforcent l’aspect
immuable de ces personnages, permettent
d’essentialiser les traits caractéristiques
de leur caractère et de montrer
qu’ils sont des forces en action
plutôt que de véritables
personnes. C’est au milieu de ces
masques qu’évoluent Luduennic
et le Prince. La narration du conte, tout
en cédant peu à peu la place
principale à l’action théâtrale,
perdure jusqu’à la fin et
se déplace de Luduennic vers le
Prince, avant d’être assumée
par le Roi.
Toute la pièce est rythmée
par une musique à la flûte
traversière et aux percussions,
ainsi que par des chansons exécutées
par les acteurs dans leur jeu.
La temporalité n’est pas
évoquée dans le spectacle
comme dans le conte. Les comédiens
sont vêtus sans souci d’époque
ou de lieu : les costumes sont conçus
sur une base en noir et blanc, avec quelques
éléments colorés
qui ressortent de façon d’autant
plus tranchée. Ces costumes se
transforment en même temps que les
personnages mais de façon très
simple et très sobre.
Comme dans tous les contes traditionnels,
l’âpreté et parfois
la violence du monde sont évoquées.
Nous ne l’avons pas évitée
mais ne l’avons jamais manifestée
de façon directe et crue, toujours
au travers d’images scéniques
très construites et poétiques.
Ces images sont équilibrées
par des moments de comédie pure,
et d’autres où les spectateurs
sont invités à réagir
et à intervenir de façon
ludique dans le déroulement de
l’action. Bien sûr l’histoire
se termine bien pour l’héroïne
et elle invite les spectateurs à
danser avec elle et les autres personnages
sur le plateau au moment du mariage final.
L’idée principale de cette
mise en scène est de donner un
spectacle qui fonctionne sur trois niveaux
:
Le premier consiste à laisser apparaître
toute la beauté et la profondeur
littéraire du conte en respectant
son aspect énigmatique.
Le second consiste à représenter
les actions qui se cachent derrière
les mots, le processus vivant et presque
rituel qui sous-tend le conte.
Le troisième c’est de s’abandonner
à la joie du spectacle, autant
pour ceux qui le jouent que pour ceux
qui le regardent. |