Dans
un pays dont le roi est un idiot, la Princesse
est enlevée par La Mort de son
vivant. Merlin prophétise la venue
d’un enfant qui, seul, pourra délivrer
la Princesse. C’est Bihanic (Petit
Bonhomme) qui, fuyant les villes empoisonnées,
s’enfonçant dans la forêt
à la recherche de celle qu’il
aime sans l’avoir jamais vue, guidé
par Merlin de lieux naturels en espaces
surnaturels, progressant d’aventures
drolatiques en aventures fantastiques,
pénètre enfin au Royaume
de La Mort. Là, il engage une lutte
pour délivrer l’unique amour
de sa vie, une lutte pour donner un sens
au monde et à son existence.
La
Mise en scène
Elle
vise à donner un équivalent
scénique et visuel des techniques
littéraires du conte : une scénographie
légère, simple et brute, utilisant
une poignée d’objets d’usage
courant; il s’agit de détourner
ce qui est proche de nous, le quotidien,
pour basculer dans un imaginaire proche
du mythe. Cela est mis en œuvre par
les nombreuses apparitions et disparitions
de personnages, par les métamorphoses
(les quatre acteurs jouent plus de vingt
personnages), par les passages continuels
de la parole au chant, par la fantaisie
et le jeu mis au service d’un sujet
à la fois profond et léger.
Tout cela est traité sur un rythme
endiablé par des acteurs qui sont
aussi acrobates et chanteurs. Les corps
et les objets se transforment en permanence
et représentent un monde tantôt
drôle, tantôt cruel ou touchant
où, sous l’invraisemblance
des situations, affleure la cohérence
et l’expérience d’une
humanité anonyme et sans âge.
Le
texte
Le
déroulement de cette histoire respecte
scrupuleusement les ingrédients traditionnels
du conte, à ceci près que
le texte en est entièrement dialogué
: ogres, sorcières, effacement des
frontières entre mondes naturel et
surnaturel, récit d’une initiation,
triomphe du faible sur le fort, mariage
final… Mais il fait aussi référence
au monde contemporain en introduisant sciemment
quelques anachronismes.
Deux conceptions du monde s’y opposent
: l’une, défendue par le roi,
repose sur l’enrichissement matériel,
elle engendre guerres, destructions, pollutions,
épuisement des ressources naturelles
et égoïsme ; elle est caractérisée
par la recherche abusive du pouvoir. L’autre,
défendue par Merlin, est basée
sur le respect de l’ordre naturel,
sur le fait que l’être humain
n’est ni le centre ni le maître
du monde mais qu’il en est le dépositaire.
Seuls, pour Merlin, comptent le respect
de l’harmonie et de la beauté
du monde, des sociétés humaines
qui y vivent, et l’accomplissement
de chaque existence en équilibre
avec ces données de départ.
Au centre de tout cela il y a Bihanic (qu’on
peut comparer au Petit Poucet pour sa taille
et son courage, pour ses démêlés
avec les ogres également). Son parcours
initiatique va du trouble, du déséquilibre
et du manque vers l’équilibre,
l’accomplissement et la paix. Ce chemin
est balisé par la quête d’un
amour idéal. Cet amour va le conduire
à affronter les figures fantasmatiques
et archétypales du conte qui sont
autant d’étapes aussi bien
sur le plan de sa vie intérieure
que de sa progression dans le monde extérieur.
Et quand, enfin, il trouve celle qu’il
aime, leur union devient le symbole du renouveau
de la vie et de la continuité des
cycles naturels.
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