Compagnie La Belle Indienne spectacle et rencontre théâtrale pour le jeune public
 
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La Compagnie La Belle Indienne existe depuis mars 2000

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Ode Maritime
Ode Maritime Création théâtrale compagnie La Belle Indienne
Photos spectacle Ode Maritime compagnie théâtre La Belle Indienne
Texte :
Poème de Fernando Pessoa / Alvaro de Campos
Traduction :
Jorge Parente et Patrick Thoraval
Mise en scène :
Patrick Thoraval
Création musicale :
Laurent Lovie
Avec :
Jorge Parente, Laurent Lovie
Création lumière :
Léandre Garcia-Lamolla
Coproduction :
Cie La Belle Indienne / La Guillotine
Assistanat :
Stéphanie Haye

Très tard dans la nuit ou très tôt le matin, un monsieur comme il faut rentre chez lui. Il a visiblement bu. Il n’a pas le temps de se coucher car une nouvelle journée de travail l’attend à son bureau. Il va donc essayer de se laver pour faire disparaître les traces et les voix des désirs et des rêves qui l’habitent… alors une psalmodie, un chant, s’élèvent en lui pour l’emmener au bout du monde, au fond de sa folie, au fond de lui-même… avant de le ramener à notre société et à ses conventions.

Le texte
Un homme dans un port…
C’est le début du poème de Fernando Pessoa, le prétexte à une rêverie, à un embarquement imaginaire sur l’immense étendue sans fond de l’océan, vaste métaphore du cœur et de l’âme des êtres humains. C’est un départ, le moment où l’on croit qu’on va toucher l’impossible. Le navire atteint l’horizon, le va et vient de l’imagination prend de l’ampleur, devient une roue enflammée, une lame de fond qui emporte le poète.
C’est la vague de l’inspiration, d’abord le murmure d’un homme seul, puis ses paroles, et enfin une incantation qui convoque le monde entier, le chant de l’homme dans l’univers. Ce n’est alors plus un départ mais un saut, une plongée dans l’inconnu, un hymne aux éléments et au courage des hommes toujours mêlé de veulerie. Il faut à l’acteur et aux spectateurs un souffle d’athlète pour s’y baigner ; apnée vers les abysses de l’océan et de l’âme, vers ces zones sans lumière, faussement calmes sous les tempêtes de surface, où rôdent des animaux transparents, aux formes larvaires, comme sans corps, mais dont l’étreinte est fatale.
C’est dans ce voyage vers les horizons infinis et les abîmes obscurs, à la fois au-dehors et au-dedans de nous, entre l’aventure du grand large et le confort des villes, entre la sauvagerie et la quiétude, la joie et l’égarement, entre la nostalgie du passé et le poids du présent, que nous emmène ce texte.
Création : La Guilllotine (Montreuil), janvier et février 2004.

Interview

Carlos Pereira - Pourquoi traduire ?
Patrick Thoraval - Dans un souci de fidélité. Les traductions existant sont très belles mais par moments un peu fantaisistes. Je voulais retrouver le phrasé exact et les jeux verbaux, les images poétiques qu’ils engendrent. Pessoa ne se soumet pas à la langue portugaise, alors pourquoi devrions-nous le soumettre aux règles du français ?
CP - Qu’est-ce qui vous a attiré chez Pessoa ?
PT - Chez Pessoa lui-même pas grand-chose. Car pour être honnête je le connaissais très mal. C’est ce texte, Ode Maritime, qui nous a aimantés Jorge et moi, qui avait une saveur et une couleur étonnamment proche de ce qui nous unit dans le travail et dans l’amitié.
CP -Plus précisément ?
PT -Le chant. Une ode c’est un poème écrit pour être chanté. Et Ode Maritime c’est de la parole gonflée, gorgée de chant. C’est un texte qui réunit en un tout, par le chant, le vaste monde et l’individu isolé. C’est un va et vient continuel entre le dehors et le dedans, comme le chant porté par l’air inspiré puis expiré, qui résonne au plus loin de nous et dont la vibration revient frapper notre oreille, notre peau, notre squelette et nos entrailles. C’est une chose un peu shamanique. L’image du shaman, mais un shaman moderne, coupé de sa tribu, employé de banque comme l’était Pessoa, est d’ailleurs parfaitement appropriée : car le texte raconte un voyage qui se fait à l’intérieur de celui qui parle et dans ce voyage il parcourt le monde, l’espace et le temps, atteint une sorte de transe, et il touche une vérité essentielle sur ce qu’il est, sur ce que nous sommes, une vérité avec laquelle il faut apprendre à vivre dans un monde dont il essaye désespérément de découvrir la poésie mais qui pèse sur lui comme un fardeau.
CP - Comment, en tant que metteur en scène, avez-vous résolu cette multiplicité des lieux traversés par le poète ?
PT - Le voyage se déroule mais en imagination, pas matériellement (c’est d’ailleurs dit dans le texte). Celui qui raconte ne quitte pas sa place ; son voyage est avant tout une confession de ses désirs qui le tirent vers le lointain, vers le passé, une confession de ses pulsions sadiques inavouées, de sa peur du présent qu’il essaye de conjurer, de sa lâcheté. En fait il confesse qu’il est un peu comme tout le monde, sauf qu’il a en plus le génie poétique et il montre qu’il le sait.
Or il y a un lieu dans notre société moderne qui est à la fois un confessionnal, un vestiaire où, à proprement parler, nous nous mettons à nu, où nous chantons à voix haute (c’est devenu rare aujourd’hui), où nous nous parlons devant le miroir, où nous nous lavons de nos scories pour à nouveau nous maquiller, nous déguiser… (je rappelle au passage que Pessoa est connu pour avoir endossé plusieurs noms en tant qu’auteur).
Ce lieu c’est la salle de bain : confinée, secrète, une petite merveille de technologie si l’on pense que dans ce petit lieu il y a l’eau courante, le chauffage, l’électricité, et tous les outils que le génie humain a élaboré pour rester propre et de belle apparence, pour ne pas sentir le fauve, l’animal : ne citons que le gant de toilette, le rasoir, la pince à épiler, le savon et toute la panoplie des cosmétiques, le peigne… Si dans un futur lointain des archéologues se penchent sur notre civilisation je pense que la salle de bain leur révélera bien mieux qui nous étions (ou essayions d’être) que la carte mère des ordinateurs.
Donc tout ce détour pour dire que le spectacle se déroule dans une salle de bain. C’est une métaphore ironique du vaste océan qui couvre le monde et qui couvre aussi, en nous, le secret de ce que nous sommes.

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